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Espace citoyen

30 avril 2026

Le pont de Québec : mémoire d’une tragédie

Histoire et patrimoine

Le pont de Québec est l’une des structures les plus impressionnantes au pays. Reconnu comme le pont de type Cantilever ayant la plus longue portée libre au monde, c’est surtout son histoire exceptionnelle qui a marqué notre région. La connaissez-vous? 

Remontons au milieu du 19esiècle. La Ville de Québec, capitale depuis sa fondation, vit principalement grâce aux activités de son port et de la construction navale. L’hiver, la glace sur le fleuve paralyse tout le transport maritime, ce qui ralentit l’ensemble des activités pécuniaires. Le chemin de fer est alors la solution idéale pour assurer une vitalité économique à longueur d’année. 

Un problème se présente : Québec, localisée sur la rive nord du fleuve Saint-Laurent, est isolée des grands centres économiques de l’époque, soit les maritimes, la Nouvelle-Angleterre et l’Ontario. Tandis que Lévis, située au sud du fleuve, joue dès 1854 le rôle de desserte ferroviaire de Québec à partir du terminus de l’anse Tibbits, bénéficiant ainsi de toutes les retombées. La Ville de Québec tient donc à faire construire un pont qui mettrait fin à son isolement. 

Une catastrophe survient 

La Compagnie du pont de Québec retient les services de Theodore Cooper, l’un des plus célèbres ingénieurs civils de l’époque, pour l’élaboration du plan initial du nouveau pont sur le fleuve. Celui-ci veut faire du pont de Québec, le couronnement d’une brillante carrière en élargissant la portée libre du pont à 1800 pieds, soit la distance entre ses piliers. 

Entre 1900 et 1907, le projet est en voie de réalisation, mais plusieurs erreurs sont notées en cours de route, notamment concernant les calculs du poids de la structure. Ce qui devait arriver arriva : le 29 août 1907, la section sud du pont, ne pouvant plus se supporter lui-même, s’effondre dans le fleuve à 17 h 37, une quinzaine de minutes avant la fin de la journée de travail.  

Des dizaines de morts 

La catastrophe se fait entendre dans toute la région. Ce vaste chantier de construction se transforme en une terrible scène d’horreur. Soixante-seize ouvriers perdent la vie dans l’effondrement de la structure. Prisonniers sous le lourd matériel, un grand nombre de travailleurs se noient alors que la marée remonte dans la soirée. Plusieurs corps ne seront jamais retrouvés. 

Parmi les victimes, on retrouve 33 Mohawks du village de Kahnawake. À l’époque, ceux-ci sont des monteurs d’acier très réputés. Cette tragédie fait instantanément 23 veuves et 54 orphelins dans cette communauté. La liste des travailleurs décédés comprend aussi 17 Américains. Ceux-ci sont pour la plupart des employés-cadres de la compagnie de la Phoenix Bridge qui a obtenu le contrat de construction. 

Pas moins de 26 Canadiens trouvent également la mort dans cette catastrophe, la plupart habitant tout près du pont. Les villages de New Liverpool, Chaudière Bassin, Saint-Romuald et Saint-Nicolas sont durement touchés. Ce ne sont pas seulement les familles des travailleurs qui tombent dans le deuil, mais aussi de nombreuses maisons de pensions où logent les ouvriers. Pour plusieurs mères de familles, c’est tout le revenu familial qui disparaît. Le lundi suivant la catastrophe, jour de la fête du Travail, est décrété deuil national. À l’église de Saint-Romuald, ce sont les funérailles officielles que l’on tient, en présence d’un grand nombre de dignitaires. 

Nous n’oublierons jamais ces personnes qui ont donné leur vie pour cette construction.  

Pour connaître d’autres faits qui ont marqué le passé de Lévis, consultez la page Histoire de Lévis 

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